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Le Viscum Album

Cas particulier du Viscum album

                                               (par Richard Blostin)

 

Les extraits aqueux de viscum album fermenté – le gui européen- sont utilisés traditionnellement en cancérologie chez l’homme dans de nombreux pays européens dont l’Allemagne et la Suisse.          Médicament issu de la médecine anthroposophique, son utilisation actuelle a aujourd’hui dépassé le cadre strict de cette médecine.

Depuis une vingtaine d’année, la recherche sur le viscum album fermenté (VAF) s’est développée de façon importante, tant sur le plan clinique que fondamental  et les publications dans les revues scientifiques sont très nombreuses. Il suffit, pour le vérifier, de chercher sur un moteur de recherche informatique ou dans “Pubmed” ;  http://www.ncbi.nlm.nih.gov/entrez/query.fcgi?db=PubMed   avec viscum album ou Iscador (nom du médicament en Allemagne ) comme mots clefs.

 

 

 

Préparation et composition du VAF

Le VAF est préparé de façon très originale. Le VAF consiste en un mélange d’extraits aqueux fermentés de gui d’hiver et de gui d’été. Le mélange s’effectue sur un plateau, tournant à très grande vitesse ; la rencontre des 2 extraits se faisant au cours d’une véritable “explosion” qui n’est pas sans rappeler la dynamisation des remèdes homéopathiques.

 

Ensuite le VAF est proposé à différentes concentrations, sous forme buvable ou injectable. En France, c’est principalement le Laboratoire Weleda qui distribue le VAF.

Le VAF est donc un  remède phytothérapique qui peut être considéré comme très hautement dynamisé. Ce mode de préparation semble indispensable à l’efficacité du VAF.

Il est possible de penser que l’efficacité du VAF est lié à la fois à sa composition phytothérapique ( = aspect moléculaire classique ) , mais aussi à la très haute dynamisation  (= aspect homéopathique) .

Nous ne nous intéresserons qu’à l’aspect phytothérapique.

 

 Une centaine de composants a été retrouvée dans les extraits de VAF. Nous avons donc un produit très complexe.

Cette complexité s’accroît encore dès lors que l’on sait que la composition chimique du VAF change en fonction de l’arbre hôte du gui.

Pour simplifier :  on sépare les composants actifs du VAF en 2 grands groupes de protéines ,  les lectines et les viscotoxines. La teneur en lectine et viscotoxine dépend de la qualité de la fermentation qui baisse le pH ; elle varie aussi en fonction de la variété d’arbre hôte.

 En effet le gui est un  arbuste semi-parasitaire (il utilise l'eau de son hôte, mais fait sa propre photosynthèse) qui croît sur certains arbres dont le chêne, l'orme, le pommier, le pin, le sapin, le saule pleureur, le peuplier, … des forêts tempérées d'Europe. Lors d’une prescription, le nom de VAF doit toujours être suivi de celui de l’arbre hôte ( en latin ! ) ex : VAF pini .

Ces modifications quant à la composition du VAF en fonction  de l’arbre hôte  semblent confirmer les utilisations cliniques conseillées traditionnellement pour l’utilisation de chaque VAF : pour tel type de cancer, tel variété de VAF ( Mali, Pini, …).

A côté de ces lectines et viscotoxines, les VAF contiennent de nombreux acides amines, des polysaccharides et des  lipides, qui à ce jour sont moins bien étudiés. Des résultats récents montrent qu’ils ont aussi une activité antitumorale.

Le viscum étant un produit phytothérapique, sa composition est susceptible de changer, en fonction des années ou des lieux de production. Il est aujourd’hui possible de trouver du VAF avec un taux de lectine garanti par le laboratoire.

Il est à noter que les principaux composants du VAF sont détruits dans l’estomac. Pourtant la voie buccale  donne de bons résultats dans la clinique ( par exemple dans le fibrosarcome chez le chat ). A- t- on une absorption sub-linguale ?

De nombreuses questions restent encore posées, tant sur la composition exacte du viscum que sur sa préparation originale. Mais il semble que pour que le viscum  ait le maximum d’efficacité, il faut qu’il soit administré dans son Totum  intégral.

 

Recherche clinique chez l’homme.

Le viscum étant utilisé depuis des décennies, notamment en Suisse et en Allemagne, comme traitement adjuvant ou palliatif,  le but de beaucoup d’études a été de vérifier statistiquement l’impression des cliniciens et des malades. De nombreuses recherches récentes vont dans ce sens.

Au cours d'un essai avec placebo mené en Russie auprès de 272 femmes traitées pour un cancer du sein, on a observé une augmentation significative du nombre des lymphocytes chez les femmes qui recevaient un extrait de gui normalisé en lectine, ce qui devrait, selon les auteurs, contribuer à l'efficacité globale du traitement.

Au même moment, des chercheurs allemands publiaient les résultats d'un essai sans groupe placebo qui indiquaient que le même type d'extrait avait produit des résultats similaires chez 12 sujets atteints de divers types de cancers.

 

Les résultats d'une étude comparative menée en Chine auprès de 233 sujets souffrant d'un cancer du sein ou du poumon ont indiqué qu'un extrait normalisé de gui  était plus efficace que le lentinan pour atténuer les effets indésirables de la chimiothérapie et qu'il améliorait significativement la qualité de vie des patients . (Le lentinan, une fraction purifiée du champignon shiitake, est reconnu au Japon comme un médicament anticancéreux. Il est administré par injection, en combinaison avec les traitements classiques de chimiothérapie.)

 

 Les résultats d'une étude épidémiologique rétrospective récemment menée en Allemagne auprès de 689 femmes opérées pour un cancer du sein indiquent que les 219 patientes qui avaient reçu un extrait normalisé en lectines avaient moins souffert des effets indésirables des traitements anticancer classiques, et qu'elles avaient bénéficié de plus longues périodes de rémission .

 

Une autre étude publiée en 2004 et portant sur 1 442 femmes atteintes d'un cancer du sein a donné des résultats positifs au chapitre de la réduction des effets indésirables du traitement conventionnel du cancer (chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie) et du temps de survie. Les patientes ont été suivies durant cinq ans en moyenne : les 732 femmes du groupe contrôle ont reçu un traitement conventionnel, tandis que les 710 ont reçu, en plus, des injections sous-cutanées de gui. Ces dernières ont été nettement moins nombreuses à subir des effets indésirables (16 % contre 54,1 % dans le groupe contrôle) et ont bénéficié d'un temps de survie deux fois plus long (5).

Aujourd’hui il semble admis que les injections de VAF permettent de mieux supporter les traitements chimiothérapiques, améliorant le confort des patients et amenant un allongement de la durée de vie. Des études similaires semblent montrer les mêmes résultats lors de mélanome primitif.

 

Recherche fondamentale

Son objectif est d’essayer de comprendre les mécanismes d’action du viscum en cas de pathologie tumorale afin d’expliquer les résultats cliniques et d’essayer de les améliorer.

Jusqu’à présent les mécanismes cellulaires et moléculaires amenant un effet cytotoxique et immunomodulateur des VAF étaient inconnus. Aujourd’hui la recherche est active; il est possible de trouver des articles sur des thèmes très différents comme :

-activité de différentes variétés de  VAF ou de lectines sur des cultures cellulaires de différents types tumoraux,,

 -cristallisation de lectine afin de mieux comprendre leur action,

 -rôle du VAF dans une éventuelle angiogénèse susceptible de favoriser une dispersion métastatique,

-activation  ou inhibition de certaines interleukines,

- effet du VAF sur l’inhibition du  cycle cellulaire

-recherche de la voie apoptique, membranaire ou mitochondriale

etc.

 

 Lors d’une réunion  récente de scientifiques en Suisse, il a été souligné que les mécanismes sous-jacents à l’action des lectines et des viscotoxines sont complexes, incluant un rôle dans la cytotoxicité, l’apoptose, l’angiogénèse et l’immunomodulation. Ces résultats sont confirmés par les publications récentes d’un laboratoire de l’INSERM à Paris qui travaille sur ce sujet (travaux dirigés par Srini Kaveri).

*La cytotoxicité, c’est l’action directe du médicament qui détruit les cellules tumorales.

*L’apoptose, c’est la mort programmée des cellules, leur suicide ! En effet, celui-ci est prévu dans le programme génétique des cellules et peut être déclenché en cas de “désordre” cellulaire. Souvent, les cellules tumorales résistent à l’apoptose.

*l’angiogénèse, c’est la stimulation de la formation de nouveaux vaisseaux sanguins. En effet, les cellules tumorales sont avides de nutriments ; “elles ont faim”. Il faut que ces nutriments arrivent et pour cela les tumeurs favorisent la formation de nouveaux vaisseaux ; ce qui favorise la dissémination des cellules tumorales et l’apparition de métastases.

*L’immunostimulation, c’est la stimulation des défenses immunitaires, contre les cellules tumorale ou les virus  (pour ce qui concerne le VAF).

Les lectines ont une action cytotoxique importante alors que les viscotoxines ont une action immunomodulatrice.

 

Rapide historique de l’utilisation du VAF en médecine vétérinaire

Depuis 1945, en Allemagne ou en Suisse, quelques rares vétérinaires utilisaient le VAF en cancérologie. Pour ma part dès 1990, j’ai commencé à le tester dans les tumeurs “solides” de la chienne et de la chatte, notamment les tumeurs mammaires. Dès le début, j’ai copié les protocoles classiquement proposés chez l’Homme, notamment dans le choix de la variété du viscum ( pini, quecus ou mali ) ainsi que dans le dosage.

Nous avons eu alors beaucoup de chance, car je pensais que le VAF avait une activité proche de celle d’un médicament homéopathique, avec un effet dose minimal (les doses humaines pourraient être administrées sans problème à un chat ou un chien). Il s’agissait d’une erreur : le VAF est un médicament phytothérapique!  Mais les résultats ont été rapidement intéressants et le VAF a toujours été très bien toléré par nos animaux malgré les doses humaines prescrites ; alors que chez l’homme des réactions locales et générales limitent les doses administrées.

Afin de vérifier scientifiquement nos impressions cliniques très favorables, nous avons (en 2000) participé à la formation d’un groupe international de recherche clinique vétérinaire sur le VAF, sous l’égide des Laboratoires Weleda. Ce groupe actif, qui comprend à ce jour des vétérinaires suisses et allemands, a permis l’élaboration d’études cliniques dont nous allons présenter les résultats et projets actuels.

 

Etudes cliniques vétérinaires actuelles

-VAF et fibrosarcomes du chat

 Le fibrosarcome (FSC) est une tumeur maligne agressive du chat présentant des risques importants de récidive après exérèse .Alors que chez le chat la pathologie tumorale est plutôt rare le développement de plus en plus fréquent de cette tumeur sur le lieu d’injection vaccinale ( notamment en interscapulaire ) a fait associer dès les années 1980 , l’apparition du FSC à la consultation vaccinale; ainsi les anglos-saxons dénomment facilement le FSC : «Feline injection site-associated sarcoma» ou «vaccination-associated sarcoma» et une «Vaccine-Associated Task Force» a même été créée.

A ce jour, l’étiologie de ces FSC est encore peu claire et les vétérinaires comme les propriétaires de chat cherchent à prévenir comme à guérir ces FSC.

Différents facteurs ont été mis en causes : la présence d’adjuvant telle l’alumine, le type même du vaccin, le traumatisme provoqué par l’injection en région interscapulaire, l’apparition d’une inflammation chronique après une injection de produits irritants.... Ces études ont abouti à des modifications des contenus vaccinaux ainsi qu’à des recommandations strictes concernant les lieux d’injection. Malgré celles-ci, dans nos clientèles nous continuons à voir des FSC chez des chats vaccinés ou non, ayant eu des injections ou non, parfois apparaissant même après des griffures. Il est à noter qu’au Brésil, la prévalence de ces FSC semble peu importante ; est-ce lié à la faible vaccination des chats dans ce pays ou à d’autres facteurs ?

Une réponse inflammatoire exagérée de type granulomateuse semble être un facteur prédisposant à l’apparition d’un FSC liée à  des facteurs génétiques, iatrogènes  et  locaux.

La thérapeutique conventionnelle est essentiellement chirurgicale associée à une  radiothérapie puis éventuellement à une chimiothérapie. La qualité de la chirurgie, la possibilité d’effectuer une exérèse complète de la tumeur avec une incision à au moins 3 cm du tissu tumoral est un facteur pronostic primordial . Ainsi Hershey et col.  ont montré que la prévalence des récidives peut varier de 8 à 80 % en fonction de l’acte chirurgical .

L’intérêt des radiothérapies (en pré ou post opératoire ) semble moins controversé que celui des chimiothérapies; des traitements à l’interféron sont aussi essayés . Mais face à un FSC, il reste aujourd’hui difficile de pouvoir présenter un pronostic avec certitude, malgré les traitements invasifs, astreignants et souvent onéreux. A ce jour, d’un point de vue thérapeutique, il y a la place pour un traitement alternatif, non-conventionnel, soit palliatif soit accompagnant les traitements classiques. D’où l’intérêt dans ce cadre thérapeutique de tester le gui fermenté.

 

Depuis 1992, nous utilisons le VAF dans les fibrosarcomes du chat, sous forme orale ; la nature même de la tumeur et les étiologies possibles et  discutées, nous faisant rejeter la forme injectable . Le protocole est simple : une semaine après l’exérèse chirurgicale, VAF quercus St3 (1 mg) , 0,5 ml matin et soir tous les jours.

Ce protocole a été appliqué dans 2 études cliniques : une étude allemande avec suivi de 60 chats pendant 2 ans et une étude française avec suivi de 20 chats pendant 5 ans.

Les résultats confirment les nombreuses études cliniques en soulignant l’importance de la qualité de la chirurgie quant au pronostic, mais en comparaison avec ceux-ci, ils renforcent notre impression clinque en montrant un allongement de la durée de vie statistiquement significatif.

Ainsi, pour l’étude française, le temps de survie est de 3,6 ans (figures1 à 4) ; les études comparables de référence comme celle de Hershey  indiquent 2,2 ans.         

Nous avons publié ces résultats ont été publiés dans la revue Phytothérapie en 2008  .

Une étude allemande portant sur ‘étude de 90 chats suivis pendant 2 ans confirment ces résultats.

-VAF et tumeurs mammaires chez la chienne

Sur le même modèle que celui du fibrosarcome, une étude allemande va débuter. Chez la chienne, le VAF pini  est administré par voie SC, par série de 12 injections en dose croissante (4 de 0,1 mg, 4 de 1 mg, 4 de 10 mg) , 1 injection tous les 2 jours.

La difficulté de cette étude tient  principalement en la diversité actuelle des critères  histologiques de classification . Nous attendons de cette étude une confirmation de nos impressions cliniques  sur la durée de vie et la qualité de vie.

 

-VAF et sarcoïdes du cheval

Une consoeur suisse, Ophélie Clottu, vient de terminer comme travail de thèse, une étude clinique ( verum/placebo ) sur l’intérêt du VAF pini , par voie injectable, chez des chevaux présentant plusieurs sarcoïdes. Les résultats, statistiquement significatifs, sont “impressionnants” . Chez la plupart des chevaux, les sarcoïdes régressent ou disparaissent pendant le traitement ou après. Le traitement au VAF semble une bonne alternative aux traitements classiques (souvent décevants) ou complémentaire à l’exérèse chirurgicale. Le VAF est étudié dans des universités suisses et allemandes dans cette indication.

 

Discussion

Dans notre pratique quotidienne, le VAF présente un intérêt considérable en cancérologie, confirmé par  les premières études statistiques.

L’utilisation du VAF et la connaissance de son action en médecine vétérinaire n’en sont probablement qu’au début et de nombreuses questions restent posées.

 Ainsi, à ce jour, nous sommes peu performants dans les tumeurs touchant directement l’os ou les lignées sanguines, alors que nous avons des résultats cliniquement intéressants  dans de nombreuses pathologies tumorales comme les fibrosarcomes, les tumeurs mammaires de la chienne et de la chatte,les mélanomes buccaux, les carcinomes de l’estomac… Ces résultats vétérinaires semblent confirmer ceux obtenus en médecine humaine.

 Il est à noter que chez l’animal de compagnie, les doses administrées sont beaucoup plus importantes que celles prescrites chez l’homme. Est-ce dû à la structure différente du tissu sous-cutané ? A t’on alors une efficacité supérieure ?

 Quelle variété de viscum utiliser, à quelle dosage, par quelle voie ?  Les essais cliniques, en s’appuyant sur la recherche fondamentale, nous permettrons de progresser et d’être encore plus performants.

C’est en travaillant en collaboration avec la recherche fondamentale et tout particulièrement avec Srini Kaveri, que nous avons pu progresser et notamment intéresser au VAF, les confrères du Centre de cancérologie vétérinaire d’Alfort.

A ce jour, nous travaillons donc de plus en plus en collaboration avec eux, essayant d’associer par exemple chimiothérapie et VAF, afin de limiter les effets secondaires et d’améliorer l’efficacité des traitements.

 

Conclusion

Le VAF est un remède phytothérapique hautement dynamisé, dont les composants actifs, en particuliers les lectines et les viscotoxines, commencent à être bien étudiés.

 

Le VAF n’est certainement pas “ le remède miracle qui guérit tous les cancers”. Mais dans de nombreuses pathologies tumorales, nous retrouvons chez l’animal – comme déjà prouvé chez l’homme- un allongement de la durée de vie ainsi que, dans bien des cas, une amélioration de la qualité de vie constatée par les propriétaires.  C’est, de plus, un traitement peu onéreux et facile à mettre en œuvre.

Nous avons encore beaucoup à apprendre du VAF dans l’intérêt de nos animaux, et nous espérons beaucoup de notre collaboration avec la recherche fondamentale et nos confrères cliniciens classiques.